Féminisme

Augusta Déjerine-Klumpke

L’histoire retient plus facilement les hommes que les femmes : difficultés d’accès à l’éducation, “femmes de” avant d’être scientifiques, écrivaines ou simplement personnes, les figures féminines sont rares. La série Les oubliées vous présente avant-gardistes et pionnières, mises de côté par l’histoire.

Augusta Déjerine-Klumpke, la médecine au féminin

Aujourd’hui je veux te parler d’Augusta Déjerine-Klumpke. Déjà parce que c’est une femme de sciences et qu’elles sont encore plus oubliées que les autres (souvent parce qu’elles travaillaient avec leurs maris) ; ensuite parce qu’elle est une des premières femmes en France à travailler en médecine à Paris.

Parce que c’est une fille, Augusta ne peut pas passer son bac en Suisse. En réaction, sa mère qui veut absolument que ses filles soient indépendantes, déplace toute la famille, qui s’installe à Paris où Augusta obtient des équivalences du bac de lettres et de sciences.

Mais sa vraie bataille, c’est après.

Elle commence ses études de médecine en 1876 avec, en pleine figure, toutes les réticences des enseignants. Lors de sa première année d’anatomie, et toutes les années suivantes, elle demande l’autorisation de passer le concours de l’externat des Hôpitaux de Paris au directeur de l’Assistance Publique.

La réponse qu’elle reçoit chaque année ?

Les étudiantes en médecine ne sont pas autorisées à rejoindre le concours d’externat ou d’internat dans les hôpitaux de Paris.

Ce qui ne l’empêche absolument pas, en 1882, d’obtenir enfin le droit de passer le concours d’externat, qu’elle réussit, évidemment. Et, en plus d’être persévérante, Augusta est douée : pendant ses années en tant qu’externe, elle découvre une paralysie particulière de la main, sur laquelle elle publie un mémoire en 1885 dans la Revue de Médecine. Cette maladie porte toujours son nom aujourd’hui.

Toujours contre l’avis du monde entier, elle obtient l’autorisation de passer son internat grâce à l’aide du ministre de l’Instruction publique de l’époque. Il s’oppose donc aux avis (nombreux !) de la société médicale des Hôpitaux, de la société des chirurgiens des Hôpitaux de Paris, du conseil de surveillance de l’Assistance publique, du doyen de la faculté et de l’association des anciens internes des Hôpitaux de Paris.

En 1886, Augusta Kumpkle devient la première femme interne des Hôpitaux de Paris.

Ses contributions et prix médicaux

Les travaux d’études d’Augusta Kumpkle se sont démarqués et au cours de sa formation, elle a été récompensée par plusieurs prix :

  • la médaille de vermeil du Prix d’anatomie de l’Enseignement libre en 1878
  • le prix Godard de l’Académie de Médecine en 1885 pour son mémoire d’externat
  • la médaille d’argent de la Faculté de Paris et le prix Lallemand de l’Académie des Sciences pour sa thèse de doctorat en 1889

Pourtant elle est connue comme femme de, car elle est l’épouse de Jules Dejerine depuis 1888, qui lui aussi est neurologue. Non habilitée à travailler à poste égal malgré les prix et distinctions médicales, Augusta est une aide précieuse dans le laboratoire de son mari. Ils co-écrivent et publient notamment deux livres qui ne portent que le nom de Jules Dejerine : Traité d’anatomie des centres nerveux et Sémiologie des affections du système nerveux.

Elle intègre la société de neurologie en 1901 et la préside de 1914 à 1915. C’est pour ça qu’elle devient responsable, pendant la Première Guerre mondiale, d’une clinique pour soldats blessés à la Salpêtrière. Enfin, la direction du Service de Santé lui demande en 1917 après la mort de son mari d’organiser le service des grands infirmes à l’Hôpital des Invalides ce qui fait d’elle la première femme à avoir un poste à responsabilités en hôpital.

Les Hôpitaux de Paris ont mis plus de quarante ans à lui faire confiance. Elle sera récompensée par le Ministère de l’Instruction publique en 1913 qui la désigne chevalier de la Légion d’honneur. Elle est élevée au grade d’officier de la Légion d’honneur par le Ministère de la Guerre en 1917 pour son engagement.

 La physionomie de Madame Dejerine restera comme celle d’une des personnalités médicales et scientifiques les plus marquantes de son temps et son nom sera respecté comme celui d’un grand savant

* éloge funèbre en 1928

Alors badass ou pas badass ?

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